Meublé de tourisme en copropriété : règlement, vote et clause bourgeoise — Guide complet 2026
Oui, louer en meublé de tourisme (Airbnb) dans une copropriété est possible, mais sous conditions strictes. Tout dépend du règlement de copropriété : si la clause d'habitation bourgeoise est exclusive, la location touristique est interdite (sauf autorisation de l'AG). Si la clause est simple, c'est autorisé, car la Cour de cassation (2024) a jugé que la location saisonnière est une activité civile, pas commerciale. La loi Le Meur (2024) permet désormais aux copropriétés de voter l'interdiction aux 2/3.
Ce guide de LMNP.AI couvre toutes les situations : clause exclusive vs simple, vote aux 2/3, changement d'usage, sanctions, jurisprudence de la Cour de cassation 2024 (la location saisonnière est civile, pas commerciale). Mis à jour avec la loi Le Meur et l'état du droit en 2026. Pour la fiscalité et la comptabilité de votre activité, consultez notre guide complet LMNP.
Mis à jour le 18 mars 2026 · Temps de lecture : 25 min
Sommaire
- Peut-on louer en meublé de tourisme dans une copropriété ?
- Le règlement de copropriété : ce qu'il faut vérifier
- Clause d'habitation bourgeoise : exclusive vs simple
- La loi Le Meur 2024 : le vote aux 2/3 pour interdire
- Le changement d'usage dans les grandes villes
- Les sanctions en cas de location non autorisée
- Jurisprudence clé : les 4 arrêts à connaître
- Les vérifications indispensables avant d'acheter
- Cas pratiques : 3 scénarios
- Cas particuliers : résidence principale, bail mobilité, chambre chez l'habitant
- Questions fréquentes (16 questions)
1. Peut-on louer en meublé de tourisme dans une copropriété ?
Oui, mais sous conditions. Il n'existe pas d'interdiction générale de la location touristique en copropriété. Le droit de propriété permet en principe de louer son bien comme on l'entend. Cependant, ce droit est encadré par trois verrous successifs qu'il faut vérifier dans l'ordre :
- Le règlement de copropriété : contient-il une clause qui limite l'usage des lots ? (section 2)
- La réglementation municipale : la commune impose-t-elle une autorisation de changement d'usage ? (section 5)
- Le trouble de voisinage : même sans interdiction, un voisin peut agir si la location cause des nuisances (section 7)
Autrement dit, ce n'est pas parce que le règlement de copropriété ne dit rien que tout est permis. Et inversement, ce n'est pas parce qu'une clause existe qu'elle est forcément applicable à votre situation. Tout est dans le détail.
2. Le règlement de copropriété : ce qu'il faut vérifier
Le règlement de copropriété est le document fondateur d'une copropriété. Il fixe la destination de l'immeuble et les règles de jouissance des parties privatives et communes (art. 8 de la loi du 10 juillet 1965). C'est le premier document à lire — intégralement — avant tout projet de location touristique.
Concrètement, c'est un peu comme le "contrat de mariage" de la copropriété : il définit ce que chaque copropriétaire peut et ne peut pas faire dans son lot. Et comme un contrat, il s'impose à tous, y compris aux acquéreurs successifs.
Ce qu'il faut chercher
- La clause de destination : "habitation bourgeoise", "habitation bourgeoise exclusive", "usage mixte habitation et professionnel", etc.
- Les restrictions d'usage : interdiction des activités commerciales, interdiction de la sous-location, restriction sur les nuisances
- Les résolutions d'AG récentes : consultez les PV des 3 dernières assemblées générales pour vérifier si un vote sur la location touristique a eu lieu
3. Clause d'habitation bourgeoise : exclusive vs simple
C'est le concept central de ce guide. La "clause d'habitation bourgeoise" est la formulation la plus courante dans les règlements de copropriété pour définir l'usage autorisé des lots. Mais selon qu'elle est "exclusive" ou "simple", les conséquences sont radicalement différentes.
| Critère | Clause exclusive | Clause simple (mixte) | Pas de clause |
|---|---|---|---|
| Habitation | Autorisée | Autorisée | Autorisée |
| Professions libérales | Interdites | Autorisées | Autorisées |
| Location meublée longue durée | Autorisée (c'est de l'habitation) | Autorisée | Autorisée |
| Location Airbnb / saisonnière | Interdite (sauf autorisation AG) | Possible si pas de trouble (débat) | Autorisée (sauf trouble) |
| Vote AG interdiction (loi Le Meur) | Possible aux 2/3 | Non applicable | Non applicable |
L'arrêt clé : la location saisonnière est civile, pas commerciale (Cass. 25 janvier 2024)
C'est un arrêt qui change la donne. La Cour de cassation (25 janvier 2024, n° 22-21.455) a jugé que la location meublée saisonnière, en l'absence de prestations para-hôtelières significatives (petit-déjeuner, ménage quotidien, fourniture de linge, réception), est une activité de nature civile — pas commerciale.
Conséquence directe : si votre règlement de copropriété interdit les "activités commerciales" mais pas les activités civiles, votre location Airbnb sans services para-hôteliers pourrait être autorisée. C'est un argument de défense puissant, mais il faut l'utiliser avec prudence — chaque situation dépend de la rédaction exacte de la clause.
4. La loi Le Meur 2024 : le vote aux 2/3 pour interdire
La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 (dite "loi Le Meur") a créé un nouveau mécanisme permettant aux copropriétés de voter l'interdiction de la location en meublé de tourisme. C'est la nouveauté juridique majeure de 2024-2025 pour les investisseurs Airbnb.
Le mécanisme
L'assemblée générale des copropriétaires peut désormais voter l'interdiction de la location en meublé de tourisme à la majorité des 2/3 des voix (nouvel alinéa de l'article 26 de la loi du 10 juillet 1965).
| Objet du vote en AG | Majorité requise | Base légale | Condition |
|---|---|---|---|
| Interdire la location touristique | Majorité 2/3 | Art. 26 loi 1965 (modifié loi Le Meur) | Clause exclusive pré-existante |
| Autoriser une activité non prévue au règlement | Majorité absolue (art. 25) | Art. 25 loi 1965 | Vote des présents + pouvoirs |
| Modifier la destination de l'immeuble | Unanimité | Art. 26 ancien loi 1965 | Tous les copropriétaires |
| Habiliter le syndic pour agir en justice | Majorité absolue (art. 25) | Art. 55 décret 1967 | Objet précis de l'action |
| Travaux d'amélioration, accessibilité | Majorité absolue (art. 25) | Art. 25 loi 1965 | Vote des présents + pouvoirs |
Les conditions (très restrictives)
Attention, ce mécanisme est beaucoup plus limité qu'il n'y paraît dans les médias :
- Le règlement de copropriété doit déjà contenir une clause d'habitation bourgeoise exclusive. Si la clause est simple, ce mécanisme ne s'applique pas.
- L'interdiction ne concerne que les lots à usage d'habitation (pas les locaux commerciaux)
- L'interdiction ne s'applique pas à la résidence principale du propriétaire
- Les nouveaux règlements de copropriété (post-loi) doivent mentionner explicitement l'autorisation ou l'interdiction
Autres mesures de la loi Le Meur impactant la copropriété
- Information du syndic obligatoire (art. 8) : le propriétaire doit informer le syndic de la mise en location touristique
- DPE obligatoire : pour les nouveaux meublés, classe F minimum en 2025, E minimum en 2028, D minimum en 2034. Pour les meublés existants, interdiction progressive des passoires thermiques (G dès 2025, F en 2028, E en 2034)
- Enregistrement en mairie généralisé : numéro d'enregistrement obligatoire pour toutes les communes, via un téléservice national au plus tard le 20 mai 2026
- Abattements micro-BIC abaissés : 30 % (non classé) / 50 % (classé) dès les revenus 2025. Consultez notre guide micro-BIC et fiscalité LMNP
5. Le changement d'usage dans les grandes villes
En plus du règlement de copropriété, un deuxième verrou s'applique dans les grandes villes. C'est une contrainte municipale, distincte et cumulative.
Dans les communes de plus de 200 000 habitants (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Nantes, Montpellier, Strasbourg, Bordeaux, Lille) et les départements de la petite couronne parisienne (92, 93, 94), louer un logement en meublé de tourisme constitué un changement d'usage soumis à autorisation préalable du maire (art. L.631-7 du Code de la construction et de l'habitation).
Le système de compensation parisien
À Paris, l'autorisation est assortie d'une obligation de compensation : le propriétaire doit transformer des locaux commerciaux en logement (ou acheter des "droits de commercialité") pour compenser le retrait d'un logement du marché locatif. En pratique, c'est un mécanisme très coûteux (parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros) qui rend la location Airbnb économiquement non viable pour beaucoup de propriétaires parisiens.
Sanctions
- Amende civile : jusqu'à 100 000 EUR par logement pour défaut d'autorisation
- Astreinte : jusqu'à 1 000 EUR par jour et par m² en cas de non-retour à l'usage d'habitation
- Plateformes : 100 EUR/jour de pénalité si elles ne retirent pas les annonces non conformes
La Cour de cassation (18 février 2021, 3 arrêts) a validé le dispositif parisien comme conforme à la directive européenne Services 2006/123/CE.
6. Les sanctions en cas de location non autorisée
Les risques ne sont pas théoriques. Les syndicats de copropriétaires et les communes engagent de plus en plus de procédures. Voici ce que vous risquez concrètement.
| Niveau | Sanction | Montant | Base légale |
|---|---|---|---|
| Copropriété | Cessation activité sous astreinte | 50-200 EUR/jour | Loi 1965 + règlement |
| Copropriété | Dommages et intérêts | Variable (1 000-20 000 EUR) | Trouble de jouissance |
| Copropriété | Frais de procédure (art. 700 CPC) | 3 000-10 000 EUR | Tribunal |
| Municipale | Amende changement d'usage | Jusqu'à 100 000 EUR | Art. L.651-2 CCH |
| Municipale | Astreinte retour usage habitation | 1 000 EUR/jour/m² | Art. L.651-2 CCH |
| Administrative | Défaut numéro enregistrement | 10 000 EUR | Loi Le Meur 2024 |
| Plateforme | Non-retrait annonces non conformes | 100 EUR/jour | Art. L.324-2 C. tourisme |
Au niveau de la copropriété
- Cessation de l'activité sous astreinte : les tribunaux ordonnent régulièrement l'arrêt de la location touristique avec une astreinte de 50 à 200 EUR par jour de non-respect
- Dommages et intérêts : pour trouble de jouissance (bruit, va-et-vient), dégradation des parties communes, préjudice moral
- Frais de procédure : article 700 du CPC (souvent 3 000 à 10 000 EUR)
Au niveau municipal (grandes villes)
- 100 000 EUR d'amende civile par logement pour défaut d'autorisation de changement d'usage (art. L.651-2 CCH)
- Astreinte de 1 000 EUR/jour/m² si le retour à l'usage d'habitation n'est pas effectué
7. Jurisprudence clé : les 4 arrêts à connaître
Quatre décisions de la Cour de cassation façonnent le droit applicable en 2026. Chaque investisseur LMNP en Airbnb devrait les connaître.
La clause d'habitation bourgeoise interdit la location en rotation de studios meublés
La location en rotation de studios avec prestations de services ne correspond pas à la destination d'un immeuble à usage d'habitation bourgeoise. Arrêt fondateur : même une clause simple peut suffire à interdire la location saisonnière si le règlement prohibe toute activité commerciale.
Un copropriétaire peut agir seul contre les troubles Airbnb
Pas besoin de passer par le syndicat des copropriétaires. Un seul voisin mécontent peut agir en justice sur le fondement du trouble anormal de voisinage (bruit, va-et-vient, dégradation). Ce fondement est autonome du règlement de copropriété.
La location saisonnière sans para-hôtellerie est une activité CIVILE, pas commerciale
Arrêt majeur. Si votre clause bourgeoise simple interdit les "activités commerciales", votre location Airbnb sans petit-déjeuner ni ménage quotidien peut être autorisée car elle est de nature civile. C'est un argument de défense puissant.
Le dispositif parisien de changement d'usage est conforme au droit européen
Les amendes de 50 000 EUR et le système de compensation parisien sont validés. Le changement d'usage est une restriction de liberté proportionnée et justifiée par l'intérêt général (lutte contre la pénurie de logements).
En clair pour un investisseur : l'arrêt de 2024 (activité civile) est votre meilleur argument si votre règlement a une clause simple. Mais les arrêts de 2018 et 2021 montrent que les tribunaux sont sévères quand la clause est exclusive ou que la ville impose un changement d'usage.
8. Les vérifications indispensables avant d'acheter
Si vous envisagez d'acheter un bien pour le louer en Airbnb dans une copropriété, voici la checklist à suivre avant de signer le compromis.
Lire le règlement de copropriété intégralement : identifier la clause de destination (bourgeoise exclusive, simple, mixte, ou absente). Ne vous fiez pas au résumé du vendeur.
Consulter les PV d'AG des 3 dernières années : y a-t-il eu un vote sur la location touristique ? Une résolution d'interdiction ?
Vérifier la commune : est-elle soumise au changement d'usage (art. L.631-7 CCH) ? Y a-t-il un arrêté spécifique ? Un système de compensation ?
Vérifier le DPE : classe A à E exigée par la loi Le Meur. Les passoires thermiques (F, G) sont exclues de la location touristique.
Faire analyser le règlement par un avocat (200-500 EUR). C'est un investissement minime par rapport au risque (100 000 EUR d'amende, cessation de l'activité).
9. Cas pratiques : 3 scénarios
Situation : Sarah achète un T2 à Paris 11e pour le louer en Airbnb. Le règlement de copropriété stipule "usage exclusif d'habitation bourgeoise". Elle ne consulte pas d'avocat.
Ce qui se passe : elle commence à louer. Trois mois plus tard, le syndic la met en demeure. L'AG vote l'interdiction aux 2/3 (loi Le Meur). La Ville de Paris la poursuit aussi pour changement d'usage non autorisé.
Bilan : cessation sous astreinte (150 EUR/jour), 5 000 EUR de dommages à la copropriété, 25 000 EUR d'amende Ville de Paris. Total : 30 000+ EUR de pertes.
Verdict : clause exclusive + grande ville = ne pas investir pour de l'Airbnb. Point final.
Situation : Marc achète un studio à Montpellier. Le règlement mentionne "habitation bourgeoise et professions libérales compatibles". Il consulte un avocat qui confirme que c'est une clause simple.
Ce qui se passe : Marc loue en Airbnb sans services para-hôteliers. Il gère les nuisances (règles de bruit affichées, boîte à clés discrète, ménage entre chaque location). Aucun voisin ne se plaint.
Bilan : location autorisée. L'activité est civile (Cass. 2024), la clause simple ne l'interdit pas, et il n'y a pas de trouble de voisinage. Il obtient le numéro d'enregistrement en mairie.
Verdict : clause simple + gestion rigoureuse des nuisances + commune non soumise au changement d'usage = feu vert.
Situation : Léa loue un T3 en Airbnb à Biarritz. Le règlement de copropriété ne contient aucune clause restrictive. Mais ses locataires de passage font la fête, claquent les portes, laissent des déchets dans les parties communes.
Ce qui se passe : un voisin agit seul en justice sur le fondement du trouble anormal de voisinage (Cass. 2019). Le tribunal ordonne des mesures correctives (affichage des règles, limitation à 2 locataires max, interdiction fêtes après 22h).
Bilan : pas de cessation totale (disproportionné), mais mesures correctives sous astreinte + 2 000 EUR de dommages au voisin + 3 000 EUR de frais de justice.
Verdict : même sans clause, le trouble de voisinage est un risque permanent. La gestion des nuisances est aussi importante que la vérification juridique.
10. Cas particuliers : résidence principale, bail mobilité, chambre chez l'habitant
Location de sa résidence principale (120 jours max)
La location de votre résidence principale en meublé de tourisme est limitée à 120 jours par an (art. L.324-1-1 du Code du tourisme). Le mécanisme d'interdiction par l'AG aux 2/3 (loi Le Meur) ne s'applique pas à la résidence principale. Cependant, les restrictions générales du règlement de copropriété restent opposables. Pour en savoir plus, consultez notre guide louer sa résidence principale en meublé.
Bail mobilité (1-10 mois)
Le bail mobilité n'est pas une location touristique au sens du Code du tourisme. C'est un bail d'habitation meublée classique, de courte durée (1 à 10 mois). Il n'est donc pas soumis aux restrictions spécifiques à la location de tourisme (changement d'usage, enregistrement, DPE Le Meur). Une clause d'habitation bourgeoise, même exclusive, ne peut pas interdire un bail mobilité.
Chambre chez l'habitant
Louer une chambre dans votre résidence principale à des touristes de passage est généralement autorisé, même avec une clause d'habitation bourgeoise. Vous restez l'occupant principal du logement. Attention toutefois : si la rotation de locataires crée des nuisances, le trouble de voisinage reste invocable.
Défaut d'habilitation du syndic
Si le syndic vous assigne en justice sans avoir été préalablement autorisé par l'assemblée générale (art. 55 du décret du 17 mars 1967), vous pouvez soulever la nullité de la procédure. C'est une irrégularité de fond, pas de forme — elle entraîne l'annulation pure et simple. C'est un moyen de défense fréquemment négligé par les syndics et souvent efficace.
11. Questions fréquentes sur le meublé de tourisme en copropriété (16 questions)
- Clause exclusive = location touristique interdite (sauf autorisation AG art. 25)
- Clause simple = possible si activité civile (Cass. 2024) + pas de trouble de voisinage
- Loi Le Meur = vote interdiction aux 2/3, mais uniquement si clause exclusive pré-existante
- Grandes villes = changement d'usage obligatoire (art. L.631-7 CCH), amende 100 000 EUR
- Location longue durée = jamais interdite, même en clause exclusive
- Résidence principale = 120 jours/an max, non visée par le vote aux 2/3
- Toujours vérifier le règlement + PV AG + réglementation communale AVANT d'acheter
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